Un liquidateur testamentaire est-il roi et maître?
Publié par le Journal de Montréal - 8 août 2026 - On peut lire le texte ici
Malgré d'importants pouvoirs, il doit rendre des comptes
Les héritiers sont-ils laissés à eux-mêmes face à un liquidateur tout puissant ? Non. Mais quand la chicane s’installe, tout se complique.
Un lecteur nous a contactés pour nous expliquer que son frère, nommé liquidateur testamentaire par leur mère, avait multiplié les bourdes, au point que les deux frangins se sont retrouvés devant le juge.
Notre lecteur se plaignait que son frère ne partageait pratiquement aucune information, sauf de sporadiques relevés bancaires avec multiples dépôts et retraits sans justifications. Il apprend aussi par la bande que la maman avait quatre comptes bancaires totalisant 120 000 $.
Son frère a même contesté en cour le statut de bénéficiaire unique de notre lecteur de la police d’assurance vie de leur mère. Il refusait de reconnaître la validité du mariage de la défunte avec un autre homme que leur défunt père.
Les deux frères finissent par embaucher des avocats, mais le liquidateur paie les honoraires du sien (environ 50 000 $) avec les fonds de la succession. Ce que conteste l’autre, sans avoir gain de cause. Ce qu’il considère comme une injustice.
Obligations
« Ce que je retiens de mon histoire, c’est que si vous voulez poursuivre un liquidateur, vous êtes mieux de vous lever de bonne heure, commente notre lecteur. Car les liquidateurs sont rois et maîtres. »
Ce point de vue est contesté par un notaire qui gère des liquidations testamentaires depuis plus de 35 ans : « Le liquidateur n’est pas un tyran et la loi est claire : il doit rendre des comptes », explique Michel Beauchamp, notaire émérite chez DeGrandpré Chait.
Ce dernier mentionne que, pour qu’un liquidateur puisse faire son travail adéquatement, il doit avoir les coudées franches. Mais il doit aussi faire une reddition de compte aux héritiers à la fin de chaque année. Et il a trois ans pour effectuer son mandat.
Il doit donc produire un bilan financier (actifs, dettes, revenus, dépenses, inventaire) ainsi que détailler ses actions comme liquidateur.
« Une succession, c’est comme un bocal avec un poisson rouge, reprend M. Beauchamp. Quand l’eau devient trouble, on s’inquiète pour le poisson. Un liquidateur qui manque de transparence suscite des inquiétudes quant à la succession. »
Ce dernier insiste : les héritiers peuvent demander la destitution du liquidateur en Cour supérieure. Ils doivent avoir la conviction qu’il n’agit pas dans l’intérêt de la succession, qu’il manque de transparence, qu’il fait mal son travail... ou si le liquidateur puise dans les fonds de la succession pour défendre ses intérêts personnels.
Par contre, le liquidateur a pleinement le droit d’engager des professionnels comme un avocat, un notaire ou un comptable pour gérer ou défendre la succession.
Michel Beauchamp a vu des chicanes d’héritier aboutir à des divorces, des suicides, des faillites... « Certains bloquent la succession pendant des années pour obtenir la canne à pêche du défunt. Les successions, c’est surtout de la psychologie », conclut-il.