Prendre une sabbatique sans menacer ses finances et ses REER
Publié pour le Journal de Montréal - 31 janvier 2026 - On peut lire le texte ici
Vous avez envie de prendre une pause du travail pendant plusieurs mois? Pour éviter de menacer finances et carrière, il faut avoir un plan.
Avant tout, votre employeur vous laissera-t-il partir? À quelles conditions et pour combien de temps? Car le marché du travail n’est plus à l’avantage des travailleurs: votre patron vous demandera peut-être de choisir entre votre carrière et votre sabbatique...
Sinon, votre employeur a-t-il une politique en ce sens? Vous accordera-t-il un congé de quelques semaines, plusieurs mois, un an? Exigera-t-il une raison?
De rares employeurs offrent les congés différés. Ces programmes financent votre sabbatique à l’avance en versant une partie de votre salaire dans une banque d’heures rémunérées durant votre congé. Vous recevez ainsi une paie généralement moindre que l’actuelle.
Des objectifs
Mais à quoi servira votre sabbatique? À déstresser, faire le point sur votre vie personnelle et professionnelle, visiter enfin une contrée éloignée, vous impliquer dans une cause sociale, acquérir des compétences, faire du bénévolat humanitaire?
S’il n’est pas question d’organiser votre congé, on doit lui donner un sens pour en profiter au maximum. Il faut aussi en définir les contours.
Questions d’argent
Partir quelques semaines ou quelques mois va certainement impacter vos finances. Avez-vous l’épargne suffisante pour couvrir vos responsabilités financières courantes: hypothèque, loyer, assurances, chauffage, électricité, cotisations de retraite (RRQ, REER), abonnements (Netflix, Spotify, internet, cellulaire), cotisations professionnelles ou syndicales, frais de condo, prêt automobile, crédit pour meubles, impôt sur le revenu impayé, taxes foncières?
De plus, avez-vous établi un budget voyage en tenant compte du coût de la vie à l’étranger (hébergement, transport, nourriture, activités)?
« Vous devez fixer un budget, explique Fabien Major, planificateur financier. Vous devenez responsable de votre propre paie et il faut être prudent avec les capitaux de votre sabbatique. Il faut s’assurer qu’ils sont en sécurité pour pouvoir générer des revenus pour vivre durant votre congé. »
Il recommande de ne pas laisser votre argent dans un compte chèque. Les comptes bancaires à haut rendement feront le travail, mais M. Major privilégie les fonds du marché monétaire, qui offrent un rendement entre 2,5% à 3%, ou les FNB et fonds communs d’obligations à court terme (3,5% à 4% de rendement).
L’important, c’est de pouvoir les racheter en tout temps sans frais ni pénalité, ce que n’offrent pas la plupart des CPG.
Plusieurs spécialistes suggèrent d’utiliser un compte CELI. Fabien Major met un bémol: « Le rendement ne sera pas terrible s’il s’agit d’une somme de moins de 100 000$, dit-il. On se trouve à gaspiller son espace CELI, car on diminue son capital retraite. »
L’assurance
Certains assureurs refuseront de couvrir votre logement si vous partez pour une longue période. D’autres exigeront des visites régulières d’un proche ou d’un voisin, pour ramasser le courrier, déneiger ou couper le gazon (et ainsi repousser les voleurs). Et si les tuyaux gèlent, qui va contacter l’assureur et s’occuper des réparations?
Plusieurs assureurs santé sont réticents à couvrir un voyage de plusieurs mois. À moins d’y mettre le prix. Plus vous vieillissez, plus l’assurance coûte cher. Et, sauf exception (coûteuse), l’assureur ne couvrira aucune complication liée à une condition préexistante (cancer, diabète, maladie cardiovasculaire, etc.).
L’hypothèque
D’autre part, si votre renouvellement d’hypothèque survient alors que vous êtes à l’étranger, vous ne serez peut-être pas en mesure de magasiner de meilleurs taux et conditions avec d’autres prêteurs.
« Et leurs ratios sont établis à partir de revenus d’emploi, rappelle Fabien Major. Si vous n’avez pas de revenus durant votre sabbatique, ce sera difficile de négocier. Vous devrez peut-être vous contenter d’un renouvellement automatique moins avantageux avec votre prêteur actuel. »
En conclusion, un conseil vital: évitez de vous endetter pour prendre une sabbatique.
Conseils
Faites valider votre marge de manœuvre par un planificateur financier, surtout si vous êtes travailleur autonome.
Adoptez une épargne à 4 tiroirs: 1- fonds d’urgence (pour couvrir le coût des réparations à un toit qui coule, par exemple); 2- projets importants avant la retraite (rénos, études supérieures des enfants); 3- épargne pour la retraite; 4- budget sabbatique.
Il faut éviter de retirer de l’argent de son REER pour financer sa sabbatique, à cause de la facture fiscale, des droits de cotisations perdus à vie et de la perte de rendement. Par exemple, un budget sabbatique de 80 000$ à 40 ans diminuera votre épargne-retraite de plus de 430 000$, si le rendement annuel moyen est de 7% sur 25 ans.