Fusion ACRGTQ-AQEI : les coulisses d’un regroupement gagnant-gagnant

Publié par le magazine Constas - 10 juin 2026 - On peut lire le texte ici

Deux présidents racontent comment l’ACRGTQ et l’AQEI ont uni leurs forces

En février dernier fusionnaient l’ACRGTQ et l’Association québécoise des entrepreneurs en infrastructure (AQEI) ; un moment clé dans l’histoire de l’industrie de la construction québécoise. Les présidents sortants du conseil d’administration (CA) des deux organisations, Marc Joncas et Etienne Lacombe, nous font entrer dans les coulisses de ce regroupement.

Constas : À quel moment avez-vous senti la faisabilité d’un tel rapprochement ?

Marc Joncas : Cela faisait 10 ans que je siégeais au CA de l’ACRGTQ, et cette question revenait quelques fois. Surtout que nous intervenions souvent sur les mêmes dossiers. Nous voyions que l’AQEI grandissait et faisait bonne figure. Et lorsque notre directrice générale, Gisèle Bourque, a annoncé son départ, nous avons saisi l’opportunité d’embaucher Caroline Amireault, qui dirigeait alors l’AQEI.

Etienne Lacombe : Pour ma part, j’étais président par intérim quand le projet a refait surface. L’AQEI avait une expertise solide, un rayonnement bien établi et une crédibilité reconnue, mais faisait face à certains défis. Après de sérieuses discussions entre nous au CA, nous avons décidé de former un comité de regroupement pour vraiment prendre le pouls. Je suis donc allé rencontrer Marc, le président du CA de l’ACRGTQ. Dès la première poignée de main, j’ai senti une ouverture sincère de sa part. Pour nous, il n’était pas question de disparaître au sein d’une plus grosse organisation. Il fallait que ça nous convienne. Marc m’a fait comprendre qu’on aurait notre place.

Constas : À l’ACRGTQ, comment avez-vous réagi ?

M. J. : J’ai tout de suite mis le conseil de direction dans le coup. Tout le monde appréciait le côté gagnant-gagnant de ce projet. Et Caroline Amireault avait l’expertise comme dirigeante.

Constas : Quelles ont été les étapes suivantes ?

M. J. : Nous nous sommes assis, Etienne, Caroline et moi, dans un restaurant du Dix-30, à Brossard. Nous avons échangé sur nos attentes, reconnu nos spécificités. L’AQEI est très présente dans le monde municipal, alors que l’ACRGTQ est proche du ministère des Transports et d’Hydro-Québec. Nous avons rapidement saisi nos complémentarités : l’ACRGTQ a une forte expertise en relations de travail ; l’AQEI se distingue en signalisation et en infrastructures souterraines, et ils ont un programme de formation exceptionnel.

E. L. : L’ambiance était très détendue lors de notre rencontre au restaurant. Nous avons rapidement compris que nous serions plus forts en étant unis. Nous avons formé un comité de cinq personnes de chaque côté, pour peaufiner les détails, et embauché un modérateur. Je me devais de faire reconnaître tout le travail accompli par l’AQEI, la crédibilité qu’elle avait bâtie au fil des ans, et d’en assurer la pérennité dans le futur à travers les négociations. J’ai toujours respecté l’ACRGTQ ; ils ont quand même 83 ans d’histoire ! J’ai senti le même respect de leur part.

Constas : Il faut du courage et du leadership pour piloter une telle démarche. Comment avez-vous rallié votre monde ?

M. J. : C’était peut-être plus facile de notre côté. Je leur ai dit que nous étions ouverts à tout, mais qu’il fallait conserver le nom de l’ACRGTQ, en raison de notre notoriété. Nous avons bien senti qu’ils craignaient d’être englobés dans un milieu de grandes entreprises. Nous leur avons répondu que l’ACRGTQ compte de nombreuses PME, dont certaines siègent au CA. Tout le monde s’est rapidement mis d’accord pour avoir des administrateurs provenant des deux associations au CA de la nouvelle entité. Nous voulions que ça marche. Nous avons mis notre ego de côté. Nous travaillons pour les entrepreneurs québécois.

E. L. : J’avais un appui très fort de mon CA. Ils ont cru en moi. Dans un projet de cette ampleur, le rôle d’un leader, c’est avant tout d’écouter. Tu ne peux pas imposer une direction en force. Il faut prendre le temps de comprendre les inquiétudes, les attentes et les aspirations de chacun. C’est en étant à l’écoute et en faisant preuve de transparence qu’on crée un climat de confiance. Au fil des discussions, nous avons senti leur sincérité et leur volonté réelle de bâtir quelque chose de durable.

Constas : Quels étaient les principaux défis ?

M. J. : Comme l’AQEI ne voulait pas perdre son identité, nous avons instauré des sous-comités de travaux municipaux et de signalisation, chacun relevant d’un membre au CA. Il fallait asseoir cette représentativité.

E. L. : Ils ont rapidement constaté notre dynamisme et compris que nous tenions à préserver ce qui faisait notre force. L’un des défis était de maintenir une proximité réelle avec nos membres, même au sein d’une organisation plus grande. C’était essentiel pour nous.

Constas : Et les membres ?

M. J. : De notre côté, le projet a été accepté sans opposition. Notre capacité financière représentait un excellent argument, et ils ont vu la place qu’ils auraient dans la nouvelle instance.

E. L. : Nous avons pris l’exercice très au sérieux et livré un message convaincant, solide et rassurant. La fusion permettait d’éliminer plusieurs dédoublements : nos membres contribuaient financièrement à deux organisations distinctes. Finalement, le gros bon sens a parlé.

Constas : Quel est votre message d’avenir ?

M. J. : Nous sommes plus forts unis que séparés. Notre voix porte plus loin. Les politiques et les donneurs d’ouvrage nous le confirment. Les gens vont voir que les dossiers avancent plus rapidement. Nous aurions dû prendre cette décision il y a longtemps ! Et nous devrions envisager d’autres regroupements…

E. L. : Les planètes étaient alignées pour assurer la continuité. Nous rayonnons davantage avec de plus gros moyens. Nous avons élargi les services aux membres. Nous travaillons avec des gens respectueux, intelligents, talentueux. Nous amenons de la profondeur et du dynamisme à une organisation déjà très solide. Tout le monde y gagne.■

Une fusion stratégique pour renforcer le secteur de la construction

La fusion entre l’ACRGTQ et l’AQEI marque un tournant majeur pour la construction au Québec. David Hamel, vice-président développement des affaires chez Soleno et président du comité des membres associés de l’ACRGTQ, nous parle de son rôle dans ce rapprochement.

« Mon rôle a été de faire profiter le projet de mon expérience des deux associations afin de créer une nouvelle ACRGTQ plus forte », explique-t-il. La complémentarité des organisations était évidente, selon lui : l’ACRGTQ excellait auprès des grands donneurs d’ouvrage, tandis que l’AQEI dominait au municipal, en signalisation et en formation.

Ce regroupement crée ainsi une voix unique qui couvre l’ensemble du secteur. « Ça va clarifier notre discours », souligne M. Hamel. La fusion apporte en outre une meilleure représentativité permettant de mieux définir les différents types de membres associés. « Nous serons en mesure de classifier les membres associés en fonction de leurs expertises », dit-il.

David Hamel insiste sur l’importance de l’innovation portée par les membres associés. « L’innovation vient souvent des membres associés, des fabricants, qui apportent de nouvelles solutions », affirme-t-il. Cette innovation devient essentielle pour réduire les coûts et les impacts des grands travaux.

« La fusion ACRGTQ-AQEI promet un écosystème de construction québécois plus fort, innovant et uni, où chaque acteur de l’industrie y occupe une place », conclut M. Hamel.

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