Endettement : de plus en plus de gens peinent à joindre les deux bouts
Publié par le magazine Protégez-Vous - 29 mai 2026 - On peut lire le texte ici
Même si les consommateurs ont changé leurs habitudes d’achat, l’insolvabilité, c’est-à-dire l’incapacité de rembourser ses dettes à échéance, atteint un niveau inégalé depuis 2009, selon Equifax.
Cette multinationale, qui gère les dossiers de crédit des consommateurs, vient de publier son rapport Le pouls du marché, un document analysant les tendances du crédit à la consommation pour le 1er trimestre de 2026. Les données ne sont guère rassurantes.
En effet, l’insolvabilité est en hausse de 18,8 % sur un an et atteint son plus haut niveau en 17 ans. Ce taux est de 11 % chez les propriétaires, par rapport au 4e trimestre de 2025. L’écrasante majorité (plus de 90 %) des emprunteurs hypothécaires ont opté pour la Proposition de consommateurs plutôt que la faillite. Le solde moyen des prêts hypothécaires en souffrance atteint 355 500 $ au 1er trimestre de 2026, en hausse de 13,2 % par rapport au 1er trimestre de 2025.
Equifax rapporte que l’endettement total des consommateurs canadiens atteint 2,66 billions de dollars, en hausse de 3,8 % sur un an. Un consommateur sur 21 – soit 1,5 million de personnes – a sauté un paiement de crédit au 1er trimestre ; une donnée stable.
Dettes de consommation
Par ailleurs, les dettes de consommation (ou dettes non hypothécaires) augmentent, pour s’établir, en moyenne, à 82 400 $, en hausse de 19 % sur deux ans. Le solde moyen des prêts non hypothécaires en souffrance se chiffre à 54 000 $ au premier trimestre de 2026, en augmentation de 4,6 % par rapport à la période correspondante de 2025.
De plus, la situation des consommateurs insolvables s’est aggravée si on tient compte de leurs dettes de consommation (excluant leurs hypothèques), dont le total est passé de 40 200 $ il y a deux ans à 43 300 $ au 1er trimestre de 2026.
Le nombre de consommateurs qui ont de la difficulté à se sortir de leur endettement augmente. Ainsi, le solde et le volume des arriérés de plus de 90 jours ont grimpé respectivement de 4,18 % et de 2,38 %.
Les bonnes nouvelles
Le rapport d’Equifax ne contient pas que de mauvaises nouvelles. Dans un environnement économique hostile, marqué par une inflation en hausse depuis la pandémie de COVID-19, les consommateurs ont changé leurs habitudes.
Par exemple, Equifax note qu’il y a eu une réduction de la dépense durant les Fêtes de 2025, ce qui s’est traduit par une diminution des soldes de cartes de crédit au 1er trimestre de 2026, une première baisse depuis de nombreux trimestres. Les nouvelles émissions de cartes de crédit ont d’ailleurs atteint leur niveau le plus bas en quatre ans.
Les nouveaux prêts automobiles ont aussi chuté de 5 % en un an, pour atteindre leur plus bas niveau en trois ans. Les prêts personnels accordés par les banques sont également en baisse de 9,5 % en un an.
Autre nouvelle réjouissante : le nombre de consommateurs qui ramènent à zéro le solde de leur carte de crédit chaque mois a augmenté, et la part de ceux qui ne se contentent que de payer le minimum requis a diminué. Cette baisse est encore plus importante chez les 26-35 ans.
Les gens s’adaptent
« Les consommateurs se sont adaptés aux réalités du marché ; on l’a aussi constaté avec notre Baromètre de confiance paru en avril dernier, souligne Johanne Leblanc, conseillère budgétaire chez Option consommateurs. Ils ont dû composer avec la hausse de l’inflation, surtout dans l’alimentation où ils ont modifié leurs habitudes d’achat en privilégiant les marques maison, en abandonnant ou en remplaçant certains produits, ou encore en changeant de bannière. »
Se loger coûte cher
Le prix du logement affecte grandement le pouvoir d’achat, que vous soyez locataire ou propriétaire. « Nombre de locataires se sont serré la ceinture au maximum pour pouvoir faire face aux augmentations de loyer salées des dernières années, reprend-elle. Et les propriétaires ont été nombreux à devoir s’ajuster à des renouvellements qui ont fait bondir leurs paiements hypothécaires. »
Johanne Leblanc estime qu’une bonne part des consommateurs sont rendus à leurs limites. « Il n’y a plus de marge de manœuvre, constate-t-elle. La détresse financière est à la hausse. Il n’est pas rare de voir des gens ne pas manger à leur faim pour pouvoir se loger. »
Ainsi, huit Canadiens sur dix (78 %) ont changé leurs habitudes ou réduit leurs achats alimentaires, selon le baromètre d’Option consommateurs. Plus de la moitié de la population (51 %) signale une augmentation importante de leurs coûts de logement depuis un an, en légère baisse (54 %) comparativement à 2024.
À l’épicerie
La part des aliments a atteint 16,9 % de l’inflation globale au pays, un sommet depuis 2011, d’après une étude de Desjardins du début mars qui mentionnait que l’inflation alimentaire avait dépassé l’inflation globale après la pandémie. En 2025, l’inflation alimentaire se situait à 4,7 %, indique Sylvain Charlebois, directeur du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie. L’inflation globale, elle, était à 2,1 % en 2025, selon Statistique Canada.